Samedi 9 avril 2022, 14h. Voyage dans le temps, destination Millau 1987
Aujourd’hui, en cours de géographie, la prof a dit
qu’on allait faire un voyage dans le temps. Destination Millau, 1987 !
(Millau pour info, c’est dans l’Aveyron, dans le Sud de la France, pas très
loin de Rodez pour ceux qui se souviennent de la course à Las Vegas - enfin à 64 kms quand même). Objectif : aider le maire à résoudre un problème.
La prof a dit que le maire n’était pas du tout content de cette situation. D’abord ça faisait une mauvaise publicité à sa ville, en plus tout le monde était énervé avec les bruits de klaxon tout le temps et puis il voulait pas que sa ville soit juste un lieu de passage alors que les gorges du Tarn sont si belles (elle a précisé que le Tarn c’est la rivière qui traverse Millau). Il avait bien une idée le maire mais il avait beau tourner ça dans tous les sens c’était trop cher. C’était un de ses copains architecte qui lui en avait parlé. Il lui avait dit : « pourquoi tu construis pas un viaduc ? Comme ça les voitures et les camions qui veulent tracer la route passent par le pont et toi tu gardes que les gens vraiment motivés qui veulent venir à Millau et tout le monde est content ». Le maire il y avait déjà pensé à ça mais il osait pas. Et quand il a vu le devis il a failli tomber de sa chaise : en tout il fallait compter 400 millions d’euros. Alors autant dire qu’avec 22 000 habitants, c’était même pas la peine d’y penser. Mieux valait les bouchons.
(En vrai dans son projet le maire il ne veut pas que le pont passe juste au-dessus de la ville mais la prof a dit que c’était un schéma pour expliquer et qu’elle s’était déjà donné du mal pour le faire mais que s’il y avait des artistes dans la classe pour dessiner en perspective elle voulait bien).
Nous pendant l’explication de la prof on levait tous la main. La prof a dit « qu’est-ce qu’il y a ? ». Matéo il a dit : « Ben madame y’a qu’à faire un péage, comme ça ce sont les gens qui payent le pont ». On était tous dégoutés ça faisait 5 mn qu’on levait la main pour dire ça nous aussi. La prof a dit : « très bonne idée Matéo !! Bravo !! Mais je ne suis pas sûre que ça suffise. Les autres vous avez des idées ? ». Alors on a tous proposé des solutions. « Y’a qu’à demander au président de la République ». « Y’a qu’à jouer au loto ». « Y’a qu’à demander à la banque ». Et la prof a dit : « ben voilà, bonne idée. Pour aider le maire, vous aller écrire à différents acteurs (des acteurs ??!) pour les convaincre d’investir. Par exemple, le groupe 1 vous allez écrire aux habitants de Millau, le groupe 2 au maire de Rodez, le groupe 3 (c’est mon groupe) au président de la République ; le groupe 4 à l’Union Européenne tiens pourquoi pas ! »
Franchement moi je voyais pas en quoi le président de la République il allait faire quelque chose. S’il fallait dépenser 400 millions d’euros à chaque fois que qu’une ville a un problème de bouchon, il aurait pas fini le pauvre. Mais la prof a dit de pas s’inquiéter, de commencer à réfléchir et qu’elle allait venir nous aider, et qu’on pouvait aussi s’aider de la carte.
C’est en écoutant le groupe 2 qu’on a commencé à comprendre. Normal dans le groupe 2 y’a Mattéo c’est le premier de la classe il trouve toujours tout. Il a dit « les gars, regardez Rodez sur la carte. Pour aller à Montpellier, ou à Béziers, ils doivent passer par Millau. Le truc c’est que s’ils perdent 4h dans les embouteillages à chaque fois, c’est pas pratique. Et on a vu la dernière fois avec la course à Las Vegas qu’à Rodez ils étaient enclavés. Donc au maire de Rodez, c’est ça qu’il faut qu’on lui dise : investissez dans le viaduc de Millau, et ça vous ouvrira sur Béziers, sur Montpellier, et même sur l’Espagne et sur l’Italie ! ».On a arrêté d’écouter parce que ça nous a donné une idée. En regardant mieux la carte on s’est dit que si on résolvait le problème du bouchon de Millau, en vrai c’était pas mal parce que ça permettrait à une partie du trafic (c’est Mattéo qui a utilisé le mot trafic) de se répartir sur l’A75 (elle s’appelait pas encore A75 à l’époque) où il y a beaucoup moins de monde et qui est très belle en plus. Et puis on a repris l’argument du groupe 2 en disant aussi que ça permettrait à certains territoires d’être moins enclavés. La prof elle nous a dit que c’était très bien comme raisonnement. Et que si on pouvait aussi utiliser l’indice du CO2 qui est sur la carte ça serait vraiment très bien, parce que les bouchons ça posait un problème économique mais aussi environnemental. Alors finalement on s’est lancé, on avait pas trop de temps non plus et on a écrit ça.
Le groupe 4, on aurait dit qu’ils avaient copié sur nous. Ils ont écrit ça :
A la fin, on a tous lu nos lettres, et la prof a dit que personne n’avait copié et que c’était logique qu’on ait trouvé les mêmes arguments même si on ne travaillait pas aux mêmes échelles. Et elle a dit que ce que cet exercice avait montré, c’est que c’était important de raisonner par échelles, avec des acteurs. Que c’était ça la géographie. Et qu’aussi on avait bien avancé sur le mot aménagement et qu’on avait compris que quand on faisait un aménagement il fallait prendre en compte les logiques environnementales, économiques et sociales. Et que c’était grâce à des arguments comme ça que le maire il avait obtenu son viaduc, construit par un architecte très célèbre, Norman Foster. Et pour finir elle nous a montré le viaduc dessiné par l’architecte, et elle a précisé que ça avait demandé des années de travaux et que c’était Jacques Chirac qui l’avait inauguré en 2004.
Et pour finir, la prof a dit qu’il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur Millau. Que par exemple l’année dernière, ils avaient recréé des bouchons exprès, pour se souvenir de comment c’était avant (c’était au journal de France 3), et qu’elle aurait jamais pensé que des bouchons ça pouvait faire partie du patrimoine. Et puis elle a dit aussi que si on voulait, on pouvait s’amuser à voir si le viaduc il avait bien tenu ses promesses, et qu’on pouvait par exemple comparer combien de temps il fallait pour aller de Paris à Montpellier par l’A75 et l’A7, et combien ça coutait, comme on avait fait pour la course à Las Vegas. Et que dans nos calculs il fallait pas oublier le plaisir aussi, parce qu’elle l’A75 elle l’aime bien parce que le paysage est beau. Et elle nous a montré une photo qu’elle avait prise sur la route l’année dernière.
Et elle a ajouté que aussi dans nos calculs il fallait pas oublier de comparer aussi le taux de fréquentation des deux autoroutes, et de poser la question à nos parents en rentrant ce soir : s’ils devaient aller de Paris à Montpellier, par où ils passeraient ? Elle faisait le pari qu’ils répondraient par Lyon (ou par l’A7 ou par l’autoroute du soleil, c’est la même chose) parce que les habitudes ont la vie dure, et que les gens quand ils ont l’habitude de passer par un chemin ils en changent pas facilement …
Prochain cours le :






Bravo, dynamique, créatif, ludique et pédagogique, une géographie vivante
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